mardi 25 juillet 2017

Vacances !

Pas de post dans les semaines à venir, je serai en vacances loin de ma connexion internet. On se retrouve après le 15 août. Bonnes vacances à ceux qui en ont et bon courage aux autres.


samedi 22 juillet 2017

Strange Fruit de Mark Waid et J.G. Jones

J'ai découvert cette bande dessinée grâce à un billet sur son blog du talentueux auteur Laurent Lefeuvre. Qu'il recommande aussi chaudement cet ouvrage voulait dire que celui-ci valait a priori le détour. Je me le suis donc procuré. Voici ma chronique. Tadam ! (le bruit à la fin de l'introduction de New York Unité Spéciale).

Mississippi 1927. La pluie de ne cesse de tomber et la crue qui s'ensuit menace de faire céder toutes les digues de la région. La ville de Chatterlee tente tant bien que mal de se protéger de la montée des eaux et pour ce faire, tous les hommes sont réquisitionnés - surtout les noirs, qui bien que désormais officiellement libres ne le sont pas réellement. Ils continuent à trimer pour un salaire de misère, constamment harcelés par le Ku Klux Klan toujours très puissant dans le sud des USA. C'est dans ce contexte de tension raciale qu'un objet inconnu venu du ciel s'écrase non loin de là. Un colosse noir en sort. Il ne parle pas mais possède des pouvoirs et une force capable de changer le cours des événements, voire de l'histoire...

Présenté un peu partout comme un "Et si Superman avait été noir et avait atterri dans le sud des USA", ce récit est tout de même un peu plus poussé que ça. Le scénario de Mark Waid est à la fois intelligent et prenant. En effet, ce super-héros noir n'est qu'un prétexte trouvé par les auteurs pour parler des tensions raciales et de la place des anciens esclaves dans les états du sud au début du XXème siècle. Même si l'abolition était officielle depuis près de 60 ans, dans les faits il n'en était absolument rien et ils continuaient à être traités comme des animaux par les grands propriétaires terriens blancs.

Les thèmes du racisme et de la ségrégation sont donc au cœur de ce récit. Le personnage du colosse alien permet aux auteurs de mettre en scène un super-héros - donc surhomme - noir dans un contexte où les blancs pensent eux-mêmes être des êtres supérieurs. Ce retournement de situation et tout ce qui va en découler - et comme vous vous en doutez, ce n'est pas joyeux - est une très bonne idée pour faire voler en éclats ce mode de pensée.

Le fait de choisir un ancrage historique et d'y apporter une touche d’irréel fait de ce récit une sorte de parenthèse (dés)enchantée. Ce sentiment est renforcé par le fait que le mystérieux extraterrestre ne reste que très peu de temps sur Terre, même si dans ce court laps de temps, il aura quand même le temps de se frotter à la haine, à la violence et de malgré tout de se sacrifier pour ces ingrats. Il disparaît comme il est arrivé et finalement, il sera très vite oublié et la vie reprendra son cours "normal".

On voit très clairement qu'il y a beaucoup de niveau de lectures dans ce récit et qu'il faudrait beaucoup plus que ma simple chronique pour les aborder tous. En tout cas, le scénario, en plus d'être bien écrit, avec une atmosphère très particulière, est donc également très riche et peut se prêter à beaucoup d'interprétations.

Le seul petit bémol pour moi est le traitement psychologique un peu pauvre du héros. Il n'est finalement pas assez charismatique et sa personnalité n'est pas assez développée. Le personnage de Sonny - le bouc émissaire du coin - est à ce titre beaucoup plus intéressant et complexe que ne l'est celui du super héros. Je trouve cela dommage, car on a du mal à s'attacher à lui et on l'oublie une fois le livre refermé. Après, il est possible que cela soit tout à fait volontaire pour seulement le confiner à son rôle de "deus ex machina" (voire de "MacGuffin") et de ce fait ne pas polluer le propos des auteurs (sur le contexte historique et sans doute aussi la place des super-héros noirs dans la bd et les comics en particulier).

Au niveau des dessins, J.G. Jones est vraiment au sommet de son art. Je me souviens que je n'avais pas été très convaincu par son travail sur "Before Watchmen" et que même si je louais son trait et sa technique, sa mise en scène et les postures des personnages me laissaient perplexe. Ici, il n'en est rien. Chaque planche est vraiment magnifique que ce soit dans la composition, le dessin - quasi photographique - et surtout la mise en couleur de toute beauté. Je ne sais pas si mon œil et ma sensibilité ont évolué ou si Jones est plus dans son élément ici. En tout cas, cela m'a donné envie de relire "Before Watchmen" pour me refaire une opinion (et pourquoi pas faire mon mea culpa).

En conclusion, j'ai trouvé cette bande dessinée très originale dans son propos et dans sa forme. Même si je pense que l'histoire aurait mérité un traitement un peu plus long (originellement il s'agit d'une mini-série de 4 fascicules) afin de pouvoir développer complètement les personnalités des différents protagonistes. J'ai donc passé un très bon moment de lecture et j'en ai pris plein les mirettes grâce aux magnifiques planches de Jones. Un très bel ouvrage !


Note 16/20

Strange Fruit de Mark Waid et J.G. Jones
Delcourt / Contrebande / 2017
ISBN : 978-2756091853
128 p. / 15,95€
En bonus, la magnifique chanson interprétée par Billie Holliday qui a donné son titre à l'histoire.

mardi 18 juillet 2017

Retour à Pecq de Gilles Peyroux et Mathias Fourier

Aujourd'hui, une chronique un peu particulière car il s'agit d'un court roman prenant place dans l'univers du Capitaine LSD. Il est très important de noter qu'il ne s'agit donc pas d'une novélisation mais bien d'une histoire originale. La singularité de la chose, c'est que les chapitres de l'histoire sont entrecoupés de planches de bande dessinée signées Jim Dandy (alias Mathias Fourier). J'avais dit tout le bien que je pensais des deux albums du Capitaine LSD (ici et ) et l'excellent "L'écume des ours"  avait confirmé cette très bonne impression. Inutile de dire que j'étais très content et très impatient de retrouver Le Blaireau - un des acolytes du Capitaine - surtout dans ce format inédit ! 

Bert est un jeune cinéaste belge qui a quitté Pecq et la Belgique il y a plus de dix ans pour se rendre à Paris, des rêves pleins la tête. Malheureusement pour lui, cela n'a pas tourné comme il l'aurait souhaité et il se retrouve à devoir faire des reportages de commande pour pouvoir joindre les deux bouts. Le dernier en date a une saveur un peu particulière pour lui car il va devoir retourner dans sa ville natale afin d'y interviewer Le Blaireau, désormais à la retraite. Grâce à cette tribune assez inattendue, le vieux Gus Vanderdonik espère pouvoir faire passer un message à la nouvelle génération et en particulier à son fils Kevin qui a repris le flambeau, mais de manière totalement différente. Dans le même temps, Pecq a décidé de rendre hommage à son super-héros avec une cérémonie en grande pompe. De son côté, Bert va se retrouver confronter à son passé et surtout à son amour de jeunesse...

Ce que j'ai trouvé très malin dans ce court roman, c'est le fait que l'auteur n'ait choisi ni de faire un récit de super-héros (ce qui aurait pu être logique mais ce serait révélé casse-gueule et surtout inintéressant à mon avis), ni de choisir comme personnage principal celui que l'on aurait pu attendre, à savoir Le Blaireau qui apparaît d'ailleurs assez effacé, trop enfoncé dans ses souvenirs pour réellement sentir le moment présent.
Au lieu de cela, nous suivons la majeure partie du temps Bert, qui se voit confronté à son passé, même si les chapitres alternent entre différents personnages. Ce parti pris permet mettre en place une atmosphère nostalgique voire mélancolique - mais sans tomber dans le pathos - qui sied parfaitement au récit et ceci grâce aux points de vue des différents protagonistes. 
Grâce à ce mode de narration, on se rend compte qu'il y a énormément de non-dits entre les différents personnages qui semblent avoir du mal à communiquer entre eux. Le carré amoureux entre Kevin, Vanya, Hannah et Bert est d'ailleurs construit sur des non-dits qui les font tous souffrir. 
Heureusement, les dernières lignes du récit laissent malgré tout entrevoir une éclaircie dans la vie de certains protagonistes.

J'ai également beaucoup apprécié le contexte du récit, qui ne se situe pas pendant la grande période des super héros, mais bien après, alors qu'ils semblent obsolètes. L'époque de Sup' Europa est désormais révolue : Le Jeune Blaireau n'est qu'un m'as-tu-vu, dans lequel son père a du mal à se reconnaître et surtout à croire, le pauvre Andy Namite (alias Capitaine LSD) est décédé et Iron Butterfly semble isolé sur son île. C'est dans ce contexte que la municipalité de Pecq organise une cérémonie en l'honneur de Gus et des dix ans de la retraite du Blaireau. Celui-ci se retrouve engoncé dans un vulgaire déguisement du Blaireau et voit dans cette célébration assez incongrue un moyen de refermer définitivement le livre des grandes heures avant qu'il ne soit trop tard (à moins que ce ne soit déjà le cas).

Ce qui est également intéressant ici, c'est que tous les personnages semblent avoir des aspérités. Même Kevin, Le Jeune Blaireau qui renvoie une image parfaitement lisse et semble insensible à tout ce qui se passe autour de lui cache une fracture. l'auteur a donc su s'approprier cette sensibilité qui m'avait frappé lors de la lecture de Capitaine LSD. Les super-héros de Mega-Low Comix sont certes surhumains, mais ils sont surtout humains. 

L'écriture de Gilles Peyroux est très fluide et très agréable à lire. Sans avoir l'air d'y toucher, il nous livre un récit vraiment réussi. Il est arrivé à mettre en place une atmosphère de nostalgie qui est très intéressante et qui permet d'ajouter une dimension supplémentaire à l'univers du Capitaine LSD. 

Les planches de bande dessinée, quant à elles, permettent à la fois de garder la cohérence de l'univers du Blaireau / Capitaine LSD, tout en participant également à l'histoire. Elles éclaircissent, ou approfondissent un point du récit et sont une vraie valeur ajoutée. C'est donc une très bonne idée.

Enfin, le volume est complété par des bonus comme une interview de la chanteuse qui est également la petite amie du Jeune Blaireau, ou encore un extrait de journal intime. Ceux-ci permettent de continuer l'histoire après le point final ou encore d'approfondir celle-ci, après coup. Dans tous les cas, cela est très bien imaginé.

Comme indiqué en début de chronique, j'attendais beaucoup de ce livre qui s’annonçait très original dans le fond et dans la forme. Je n'ai pas été déçu, bien au contraire. J'ai trouvé ce livre très juste et très touchant. J'ai un peu retrouvé cette saveur si particulière qui émanait de Welcome to the 90's, et ça c'est plutôt très bon signe. En un mot comme en cent : bravo ! (Et vivement la suite des aventures de Sup' Europa).


Note : 15/20


Retour à Pecq de Gilles Peyroux et Mathias Fourier
Mega-Low Comix / 2017
ISBN : 979-1022738224
132 p. / 10€

N'hésitez pas à aller faire un tour sur le site de Mega-Low Comix !

samedi 15 juillet 2017

Cap'tain Swing 279

On est pile au milieu du mois, il est donc plus que temps de parler du nouveau numéro de Cap'tain Swing !, le dernier représentant de cette noble race qu'était celle des petits formats (même s'il ne sera bientôt plus seul. Plus d'infos en fin de chronique - quel teaser !). 

L'aventure de ce mois de juillet s'intitule "L'or du puits". Le Docteur Hieronymus et sa fille Juliet arrivent à Fort Ontario pour essayer de vendre leur élixir miracle aux patriotes. Ne rencontrant pas le succès escompté - d'autant plus que Juliet en essayant d'embrasser Swing s'est retrouvée confronter à la jalousie de Betty - ils décident donc de partir. Peu de temps après, Cap'tain Swing, Hibou Lugubre et Mister Bluff partent en reconnaissance. Swing en profitent pour rendre visite aux Kelloway qui exploitent une mine d'or. Avant de partir pour les fiançailles de leur fils, les Kelloway mettent leur or à l'abri dans un vieux puits. Plus tard, pendant la noce, des indiens attaquent Cap'tain Swing, Hibou Lugubre, Mister Bluff et leurs amis. Après avoir repoussé les assaillants, les Kelloway décident de rentrer chez eux voir si leur ferme n'a pas subi de dégâts. Ils découvrent avec stupéfaction que leur or a disparu. Swing et ses amis - bien aidés par Hieronimus et Juliet - vont tout faire pour retrouve l'or et arrêter le voleur : le mystérieux Lord Guy...

L'aventure de Cap'tain Swing est encore une fois très réussie et j'ai passé un très bon moment en suivant Les Loups de l'Ontario dans leur traque de Lord Guy. Pas de temps morts, de l'action, des combats et quelques bons mots sont les ingrédients de cette histoire.
Le scénario est solide et bien construit. Il permet de faire intervenir quasiment tous les genres de protagonistes que peuvent compter les aventures du capitaine à toque de blaireau (indiens, bandits, mineurs, colons, et marchands ambulants) à l'exception - notable - des tuniques rouges, bizarrement absentes de cet épisode. Tout cela concoure à nous livrer une histoire aussi agréable que trépidante. On en redemande !
Les dessins sont comme toujours de bonne qualité. J'ai particulièrement aimé le personnage de Lord Guy avec sa dégaine grand-guignolesque. Les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus et ont tous des visages (voire des tronches pour certains) reconnaissables. Les décors sont là encore bien détaillés et donnent une dimension supplémentaire aux cases. Le travail sur le noir et blanc pendant le passage qui se déroule de nuit est également de très bonne facture.

L'épisode d'Ivanhoé a pour titre "Le pont de la rivière Lorn". Les combattants saxons menés par Ivanhoé sont contraints de reculer devant l'avancée des troupes normandes. Se repliant à l'intérieur du pays saxon, ils arrivent à la rivière Lorn qui est enjambée par un pont. Ivanhoé décide de s'arrêter ici et de défendre ce passage coûte que coûte. Les nobles saxons préférant regagner leurs terres, seul Gurth, son écuyer reste avec Ivanhoé pour faire face aux troupes normandes. Après avoir vaillamment tenu le pont pendant des heures, il est obligé de trouver refuge dans la forêt environnante où il rencontre des saxons qui vont l'aider dans son combat...

Comme de coutume avec le chevalier saxon, le scénario tient bien la route et est bien écrit. Même s'il faut l'avouer cette fois-ci, il n'est ni des plus original, ni des plus crédibles. De plus, je trouve la fin un petit peu trop abrupte, comme si les auteurs ne s'étaient pas rendus compte que l'histoire ne devait tenir qu'en 50 pages. Je retiendrai néanmoins l'intervention des hommes des bois, qui est une très bonne idée permettant de renouveler un peu la galerie des personnages.  Quoiqu'il en soit, on passe un bon moment et c'est le principal.
Les dessins clairs et épurés sont également toujours aussi agréables à regarder. Les scènes d'action passent désormais très bien et n'ont plus ce côté statique qui me gênait au début de la série. Par contre, je trouve que les adversaires d'Ivanhoé ont tous tendance à se ressembler et n'ont pas beaucoup de charisme, comme s'ils n'étaient de toute façon que de la chair à canon - ou plutôt à épée - pour le brave Ivanhoé. Dommage, car une Némésis aurait été la bienvenue et un vrai plus pour cette série.

En complément de ces deux histoires, nous retrouvons la seconde partie du dossier sur John Adams et un court dossier consacré à Rochambeau qui est pompé de Wikipédia (pour John Adams, je ne sais pas car je ne l'ai pas lu).
Par contre, ce mois-ci pas de strips en troisième de couverture, ce qui est très dommage...

L'info que j’évoquais en début de chronique concerne la renaissance du petit format consacré à Akim, le tarzanide de Mon Journal. Il s'agit de la reprise - après plus d'un an d'arrêt - de la troisième série de publications des aventures d'Akim, après la première qui courut de 1958 à 1991, la deuxième de 1994 à 2004, et enfin la troisième entamée en 2013 et donc suspendue en 2016. Souhaitons longue vie au Seigneur de la Jungle - même si pour être tout à fait franc, certaines histoires ont vraiment mal vieilli. Quoiqu'il en soit, je serai au rendez-vous et vous livrerai mes impressions.

mardi 11 juillet 2017

Le 2 d'octobre de J.M. Pen

Après le très agréable recueil de nouvelles de Danny Mienski, "Les temps maudits", je poursuis ma découverte du catalogue des Éditions Ex Æquo. Aujourd'hui, je vais donc vous parler du thriller fantastique "Le 2 d'octobre", signé  J.M. Pen. Qui, autant le dire tout de suite, s'est révélé être une très bonne surprise. 

Antoine Remington avait deux ans quand il a perdu sa mère un 2 octobre dans un étrange accident de voiture provoqué par son père Charles. Des années plus tard, suite à l'entrée de celui-ci en maison de retraite, Antoine revient vivre dans la maison familiale. Alors qu'il l'a remet petit à petit en état, il découvre un jour le portrait d'une jeune femme ressemblant étrangement à sa mère, mais peint au XIXème siècle. À partir de ce moment-là, Antoine va essayer de reconstituer son histoire familiale, faite de non-dits et de troublants secrets. Plus étrange encore, tous les 2 octobre, date anniversaire de la mort de sa mère, il va (re)vivre des événements impliquant différents ancêtres que ce soit lors du siège d'Harfleur en 1415, durant la Révolution Française ou encore la Seconde Guerre mondiale...

Comme je l'indiquais plus haut, j'ai donc été vraiment emballé par ce thriller qui se lit d'une traite. Les ingrédients principaux, à savoir, le suspense, les voyages dans le temps, la quête d'identité du protagoniste, les secrets de famille et la part d'ombre de chaque protagoniste sont savamment dosés et permettent à l'histoire d'être réellement équilibrée. On veut absolument connaître la suite des événements et ce que cela impliquera pour Antoine et sa famille. 
Ces différents "voyages dans le temps" sont entrecoupés de passages où Antoine cherche à connaître sa famille, son histoire et ses mystères. Cette quête est alimentée par la découverte d'objets, d'articles ou des miettes de conversation ainsi que d'autres où il poursuit à la fois sa vie quotidienne - qu'il délaisse néanmoins de plus en plus au fur et à mesure de la progression du récit. Ces moments auraient pu être une période de respiration, où l'action se calmerait, mais il n'en est rien. Au contraire, ceux-ci la relancent de plus belle pour notre plus grand plaisir et nous rendent impatient de découvrir la prochaine "destination temporelle" d'Antoine. 

L'auteur arrive grâce à son style efficace et fluide à recréer les diverses époques et l'atmosphère étouffante et quasiment terrifiante de chacune. Il parvient à nous faire ressentir les sensations d'Antoine qui débarque dans des époques lointaines sans savoir où et quand il se trouve. Et surtout, il réussit le tour de force de faire disparaître toute trace d'esprit cartésien dans le sens où à aucun moment on ne s'interroge pour savoir si ce que vit Antoine est vrai ou non. On sait très bien qu'il n'y aura pas de conclusion du genre "en fait, ce n'était qu'un rêve". On prend ce côté fantastique comme postulat de départ et on se demande surtout pourquoi sa lignée semble maudite et comment cela va-t-il prendre fin.
Les voyages dans le temps - même si le thème est vieux comme la littérature fantastique - sont ici traités de manière assez originale et surtout là pour servir le côté suspense du récit.
D'ailleurs pour moi, ce côté fantastique n'est là que pour illustrer le thème principal du livre qui est la quête d'identité d'Antoine. Il s’aperçoit qu'il ne sait rien de sa famille et que malheureusement son père ne peut lui être d'une grande aide à cause de sa maladie. Il se doute qu'il y a des secrets honteux, voire des cadavres dans le placard (au sens propre comme au figuré), mais il n'a rien de tangible. Il va donc devoir découvrir tout cela par lui-même, que ce soit par des moyens normaux ou paranormaux.

J'ai particulièrement apprécié le passage durant la Seconde Guerre mondiale, où la tension et les rôles troubles des uns et des autres - le protagoniste en premier lieu - sont vraiment bien rendus. On se prend au jeu et on tremble avec lui quand il entend le bruit des bottes dans les escaliers.
J'ai également été très sensible au fait que le passage temporel central - à savoir celui où un membre de la famille Remington tue le modèle ayant posé pour le portrait - ne soit pas l'un des voyages d'Antoine et qu'il ne soit raconté que par morceaux épars de-ci de-là tout le long du roman. J'ai trouvé ça très intelligent, car cela permet de rajouter un peu plus de mystère.
Enfin, les derniers chapitres du livre permettent de clore astucieusement cette saga familiale en ajoutant une petite dose d'anticipation qui assez rafraîchissante après tous ces voyages dans le passé. 

En conclusion, je dois dire - tout simplement - que j'ai passé un très bon moment en compagnie de cette singulière famille Remington. Si vous voulez lire un bon livre cet été sur la plage - ou à la montagne, je ne suis pas sectaire - précipitez-vous sur "Le 2 d'Octobre" de J.M. Pen, un vrai bon thriller qui nous change des productions de masse produites de l'autre côté de l'Atlantique et que l'on oublie une fois le bouquin refermé.

Note : 15/20


Le 2 d'octobre de J.M. Pen
Éditions Ex Æquo / Collection Rouge / 2016
ISBN : 978- 2-35962-809-8
242 p. / 20€

Jean-Marie Pen est également un peintre de grand talent, je vous conseille vivement d'aller faire un tour sur son site pour découvrir cet artiste touche-à-tout.
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